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Christophe Prudhomme est médecin au Samu 93

« Nous subissons depuis le début de l’épidémie le manque de moyens de protection, notamment de masques, non seulement à l’hôpital, mais aussi en ville, où nos collègues médecins, infirmières, ambulanciers travaillent dans des conditions indignes, qui les mettent en danger. Aujourd’hui, la situation devient plus grave, avec un début de rupture d’approvisionnement en médicaments essentiels, notamment les anesthésiques, absolument indispensables pour endormir les patients intubés et ventilés en réanimation. Nous sommes là face à une mise en danger immédiate de la vie des patients. Cette situation était prévisible et rien n’a été fait. Depuis plusieurs années, nous avons été nombreux à protester et à demander au gouvernement de prendre des mesures face aux ruptures d’approvisionnement qui augmentent d’année en année dans les pharmacies. Il s’agit là de la conséquence directe des choix de l’industrie pharmaceutique, qui a privilégié sa rentabilité financière au détriment de la sécurisation de sa production. Tout cela est connu et a été largement analysé par des associations comme l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament, dont les appels auprès des pouvoirs publics sont restés sans réponse.

Il n’est plus possible, face à cette crise, de se contenter de faire appel à la bonne volonté des entreprises et d’organiser des visites à visée médiatique, Monsieur le président de la République. L’urgence est à la réquisition immédiate des entreprises, pour que la priorité soit donnée à la fabrication des produits indispensables au bon fonctionnement de notre système de santé. Le bricolage, c’est fini ! Seule la réquisition permet de prioriser les productions, de les répartir en fonction des priorités et de contrôler les prix. Il est par ailleurs insupportable de constater que la Communauté européenne ne sert à rien aujourd’hui. Chaque pays mène sa propre politique, s’est replié derrière ses frontières, et il existe même une concurrence brutale pour s’approprier les rares moyens disponibles sur place ou qui sont commandés à l’étranger.

L’inhumanité de l’organisation de notre économie dans le cadre de la mondialisation libérale est mise en pleine lumière. Monsieur le président, vos belles paroles sur le thème « Demain, tout ne pourra plus être comme avant » ne peuvent suffire. L’urgence est là, et c’est maintenant que les choses doivent changer, avec une première étape : la réquisition par l’État des entreprises indispensables pour sauver des vies aujourd’hui. Car, demain, nous compterons les morts qui auraient pu être évitées. »

Humanité du 1er avril.

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